Appel international à la solidarité avec les prisonnier.es de la Coupe du monde 2014.

libLe 12 juillet 2014, à la veille de la finale de la Coupe du Monde, la police de Rio de Janeiro a arrêté 19 activistes, visant à désarticuler la grande manifestation prévue contre le match de la finale, sous la justification que toutes ces personnes auraient participé à des actes «violents» dans les révoltes de l’année dernière et qui envisageaient d’autres actions lors de la manifestation contre la finale de la Coupe du Monde. Au total, environ 23 mandats de perquisitions, arrestations et détentions temporaires ont été menés contre des personnes accusées d’avoir participé à des mouvements sociaux. Les mandats étaient de 5 jours de détention provisoire, 4 personnes ont réussi à échapper aux enlèvements de la police.

Les activistes ont été emmené-es à la « Cité de la Police » de la ville de Rio de Janeiro, un grand complexe de commissariats construit pour tenir compte de la répression liée aux protestations contre les méga-événements et la logique de la ville marchande. Dans cette grande enceinte se trouve la DRCI, le commissariat de police de répression des crimes informatiques, qui joue aujourd’hui le même rôle que l’historique commissariat à l’ordre politique et social, l’infâme “DOPS” (Delegacia de Ordem Política e Social) créée en 1924 pour réprimer les anarchistes, principalement utilisée durant l’Estado Novo* et plus tard lors du Régime Militaire en 1964, et qui avait pour objectif de contrôler et de réprimer les mouvements politiques et sociaux qui s’opposaient au régime alors au pouvoir. Peu après, les personnes arrêté.es ont tout.es été transféré-es au complexe pénitentiaire de Bangu.

Quelques jours plus tard, la libération de 18 activistes a été obtenue par le biais d’une décision appelée Habeas Corpus**. Peu de temps après, la justice a de nouveau ordonné l’arrestation de ces 18 personnes qui ont réussi à s’échapper et sont restés dans la clandestinité. Camila, Igor D’Icarahy et Elisa (Sininho) ont été détenu.es pour environ 10 jours, quand tout.es ont été libéré.es sous caution, sauf Caio et Fabio, détenus depuis janvier et accusés d’homicide. Les activistes vivent un moment difficile de criminalisation et de persécution, même si illes attendent le jugement en liberté. Illes sont interdit de quitter la ville et de participer à des manifestations et à des réunions publiques. Pendant le mois de décembre, Igor Mendes a été à nouveau arrêté et deux autres copains/copines sont aujourd’hui dans la clandestinité. Illes sont accusé.es d’avoir participé à une manifestation “pacifique” le 15 octobre, ce qui constitue une menace à l’ordre publique au regard de la justice. D’autres arrestations peuvent survenir à n’importe quel moment, et les jugements – qui commencent le 16 décembre et continuent dans le mois de janvier – peuvent encore amener à des condamnations. La police a déclaré que les arrestations sont fondées sur des enquêtes judiciaires qui ont eu lieu secrètement depuis septembre 2013 contre le Front Populaire Indépendant (FIP), les black blocs et d’autres groupes militants, accusés de complot. La méthodologie de la police est la surveillance, la violation de la confidentialité et de la vie privée des individus. Les 23 activistes ont une liste exhaustive et absurde d’accusations qui comprend : associations de malfaiteurs et détention d’armes, détention d’explosifs, dégradation des biens d’autrui, résistance à l’arrestation et agression occasionnant des lésion corporelles, et corruption de mineurs.

L’État qui détient toujours plus de prisonnier.es à Rio pour qu’un match de football ai lieu est le même État qui ferme des écoles, qui tue dans les favelas et qui organise une Coupe du monde. Avec ces arrestations, l’État brésilien a écrit un nouveau chapitre de son histoire, le jour durant lequel tous les masques sont tombés, pas seulement pour l’État mais aussi pour tous les partis et groupes qui veulent participer à cette démocratie telle qu’elle est, à cette représentativité parlementaire. En ce jour l’État a dit en toutes lettres « GUERRE A LA POPULATION », pas de façon subliminale, mais à qui veut l’entendre. Dans les favelas les gens le savent déjà depuis bien longtemps, les émeutes de juin-juillet 2013 ont également essayé d’avertir, mais cette fois, c’était en prime time et en toutes les lettres. Où toute la population a vu que les mêmes lois instituées par l’État sont brisées quand il le veut, comme il l’a toujours fait avec la population pauvre et noire pendant toute l’histoire du génocide mené par l’État brésilien.

Nous vous invitons toutes et tous à organiser des actions dans votre ville en solidarité avec les prisonnier.es de la Coupe du monde. Nous ne pouvons pas rester silencieux face au terrorisme d’État du gouvernement brésilien et de la dictature de la FIFA. Tout le monde connaît l’importance des soulèvements de masse qui ont eu lieu au Brésil depuis juin 2013 jusqu’à maintenant, qui ont marqué une étape dans l’histoire de ce peuple, un moment de rupture avec les structures existantes, un cri pour dire Stop! aux nombreuses oppressions et violences historiques contre le peuple. Les forces de répression veulent à tout prix contenir la colère de la population en effrayant les activistes par la persécution, veulent reprendre le contrôle et conformer les gens à accepter la misère de la vie quotidienne. Ils sont prêts à jeter en prison tout.es celles et ceux qui n’abdiquent pas dans ce combat. Nos compagnon.nes ont besoin d’un soutien entier pour gagner cette lutte et rester dans les rues, dans les assemblées et dans la mobilisation populaire.

Aucun pas en arrière ! Personne ne sera laissé de côté ! Pour la fin immédiate des persécutions !

Liste des accusé.es :

– Elisa Sanzi (Sininho), Luiz Carlos Rendeiro Junior, Gabriel Marinho, Karlayne Pinheiro (Moa), Eloisa Samy, Igor Mendes, Camila Jourdan, Igor D’Iicarahy, Drean Moraes, Shirlene Feitoza, Andressa Feitoza, Leonardo Baroni, Emerson da Fonseca, Rafael Caruso, Filipe Proença, Pedro Freire, Felipe Frieb, Pedro Brandão, Bruno Machado, André Basseres, Joseane Freitas, Rebeca Martins, Fabio Raposo e Caio Silva Rangel

Décembre 2014,

Croix Noire Anarchiste Rio de Janeiro

Notes des traductrices et traducteurs:

* Estado Novo, qui signifie « Etat nouveau », est le nom donné à la dictature instaurée par Vargas au Brésil depuis le coup d’Etat du 10 novembre 1937 jusqu’au 29 octobre 1945 et la destitution de Vargas par les militaires. Cette dictature est calquée aux conceptions du pouvoir des États fascistes européens durant la même période: culte du chef et paternalisme (Vargas se faisait appeler « Pères des Pauvres »), centralisation du pouvoir et interventionnisme total de l’État, etc.
La junte militaire a ensuite été au pouvoir pendant deux décennies, de 1964 à 1986, et s’est maintenue à plusieurs reprises par des bains de sang.

** L’ordonnance, bref ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l’arbitraire qui permet d’arrêter n’importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée après devant un juge.

Version originale en portugais : ABC Rio de Janeiro.

Traduit initialement par : Le Chat Noir émeutier.

Mise à jour et nouvelle traduction par : ABC Rio de Janeiro.

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